DIEU OU NEANT !
Pourquoi une telle affirmation ?
Nous laisserons de côté, du moins en apparence, l’évidence que Dieu seul accorde la Foi à tel ou tel. Nous nous
en tiendrons à certains aspects purement logiques permettant d’aborder cette question, sans aucun prosélytisme d’ordres religieux, social ou de convictions personnelles, les avis n’ayant pas lieu
d’être lors d’une approche métaphysique. Cette neutralité pourrait permettre à certains, récalcitrants jusque là, de se dire que pour le moins, l’évidence d’un Dieu et d’un seul est
« logique ». La douceur du « miel » qui pourrait naître de la relation générée entre la créature et l’Unique étant propre au Cœur de chacun, cette petite étude ne s’y
attachera pas. Si Dieu le veut, un œil s’ouvrira… un seul suffirait pour que cet article aie sa raison d’être.
Pourquoi donc s’interroger sur ce point essentiel, et ne pas abandonner un tel choix dans le tournoiement d’une
errance rationnelle, poétique, mystique ou scientifique ?
Parce que, justement, il n’y a pas d’autre choix, et que non seulement ce dernier soulève l’Interrogation
Primordiale (Dieu ou néant ?), mais il s’affirme, entre tous, comme le plus essentiel et le plus ultime ! De lui dépend la suite, TOUTE la suite…
Comment « remonter antérieurement » à la première de toutes les Possibilités, comment se projeter
au-delà de la suprême Non-Causalité ?
Dieu ou néant ?
Non-sens spirituel au domaine de l’Intellect où seul l’Unité EST, mur-limite et frontière pour une logique
humaine que la Manifestation a rendue binaire ; concept chimérique puisque l’un des éléments, par définition, N’EST PAS.
Qui d’entre nous a osé affronter, en son propre sein, aux tréfonds de sa méditation, aux confins de son ego, la
vision terrifiante de la Non-Existence absolue ?
Qui a perçu, Là, irrésistibles et éternelles, les racines de l’Infini ?
Cette question relève-t-elle de la science contemporaine, de la croyance, de la Connaissance (Métaphysique), ou
de la Foi ?
La Foi, justement, est bien plus que la simple croyance en un Dieu quelconque, mais bien l’obéissance du
Serviteur teintée de crainte (respect) et de certitude dans les Commandements Divins (les Lois, émanations manifestes de Sa Volonté), et la conviction sans faille de la perfection de leur bien
fondé et de leur aboutissement final, et ce, quelques soient les apparences vécues par le Serviteur. La balance capable de peser (mesurer) ainsi la nature des « cœurs » ne peut-être
constituée d’électronique, mais point n’est besoin d’insister davantage sur ce point.
Si l’on se réfère aux hypothèses émises par la science moderne et profane, notre Univers serait le produit d’une
colossale explosion originelle nommée Big Bang. Il ne s’agit pas, ici, d’affirmer ou de nier la véracité d’un tel postulat, mais « d’envisager » en des termes purement métalogiques ce
qui, sublime Avènement, précède cet « événement » et lui pré-Existe de tous temps, ou, pour être plus précis, lui est antérieur en dehors de toute notion de Temps.
Commençons par étudier la possibilité néantique. Qu’est-ce donc que le
néant ? Qu’est-ce que l’Absence ? Tâche ardue que vouloir définir une « non-affirmation » ! « Moins que rien » pourrait-on affirmer, car même rien est encore
quelque chose, quelque chose assimilable à l’idée que l’on peut se faire d’un espace empli d’un vide parfait par exemple, d’autant que ce vide est Energie… Or, bien qu’il n’y ait là rien à
analyser de sensible, de visible ou palpable, et bien que l’on y puisse s’immerger, un tel vide baignerait malgré tout dans un espace qui le contiendrait. En apparence, cet espace vide nous
renvoie à l’image d’un contenant sans contenu. Est-ce seulement possible ? Non, étant entendu que l’Espace, seul, est déjà quelque chose, que nous nommons Cosmos, réalité manifestée d’une
possibilité, réservoir indéfini de formes et de dimensions, réceptacle de la Quantité et de la diversité conditionnée par le processus qualificateur. L’Espace se lie et s’enchevêtre avec le Temps
(support de la Causalité) qui, quant à lui, autorise l’existentialisation de toutes les transformations, qu’elles soient quantitatives ou qualitatives (d’où, par analogie inverse, le lien qui
unit la « Totalité » absolue à l’Eternité), ce que ne permettrait pas un Espace sans Temps.
Est-il possible, dans ce cas, de définir moins que
« rien » ? Par une affirmation, certes non, par une négation, peut-être : celle qui le définit comme une non-possibilité « absolue », Le Non-Possible définitif et
parfait, ontologiquement, le seul en fait, car définitivement distingué du sens de probabilité ou d’éventualité, c'est-à-dire n’ayant aucune filiation avec le principe d’émergence.
C’est pourquoi le néant, en tant que pure impossibilité, cède
éternellement face à l’Infini qui « devient » Nécessaire, La Nécessité absolue et inconditionnée ; c’est pourquoi aussi, en tant que parfait contraire de l’Infini, le néant (en
supposant qu’il puisse être rendu manifeste) s’auto réduirait infiniment au point de se détruire totalement et de ne plus représenter la plus infime des possibilités ; c’est pourquoi, enfin,
la « nature » de non possible intrinsèque au néant et caractérisée par la négation absolue, « enfante », si l’on peut s’exprimer ainsi, de la Possibilité Totale. Le
non-possible qualifie éternellement le néant, comme le Possible des possibles qualifie éternellement l’Existant.
Ainsi, à travers une analogie qu’il serait bon de traiter, l’athéisme
pur, qui est à l’Esprit humain ce que le néant est à l’infinité de Dieu est lui aussi une non-possibilité. L’athéisme est toujours relatif, jamais définitif, n’en déplaise aux athées
eux-mêmes.
C’est pourquoi, encore, le néant n’ayant pour ainsi dire jamais pu être,
ni la moindre chose, ni à quelque moment que ce soit, l’Infini émergespontanément, de toute Eternité (c'est-à-dire hors du Temps), rendu indispensable, nécessaire,
évident, sans limite d’aucune sorte ni, et c’est important, sans début aucun… Le néant n’ayant pas même émergé une infime fraction de temps, n’a pas non plus de fin. Ainsi, l’Infini, DIEU, EST
SANS CAUSE, SANS DEBUT NI FIN…
Eternel donc !
Par analogie avec la distinction effectuée plus haut entre vide et néant, il faut se garder de confondre perpétuité et éternité. La
perpétuité symbolise le temps dans sa durée indéfinie, que ce soit dans le passé, le futur, voire même le présent qui, reflet de l’Eternité, est également indéfinissable. L’éternité tout au
contraire est l’absence totale de temps. Cela se comprend pour Dieu car étant infini, Il n’évolue pas, ne subit pas de transformations (tout à la fois possibles grâce au temps et génératrices de
temps), n’enregistre ni perte, ni ajout ; Il n’entretient aucune relation avec autre chose que Lui-même. Par conséquent, Dieu est hors du temps, donc éternel. Précisons que l’état de Dieu
dont il est ici question est « l’état central », le noyau si l’on peut s’exprimer ainsi ; l’état le plus « profond » de Dieu, dans lequel Il est Un, donc Infini, et
en lequel Il inclut en un macrocosme unifié toutes les possibilités sans que celles-ci y soient de quelque façon différenciées, déterminées, qualifiées ni quantifiées.
Par principe, rien ne pouvant être issu du néant, la nature de l’Univers
avant l’explosion originelle (en admettant la véracité de cette hypothèse, et en définitive, quelle que fut le procédé ayant engendré la Manifestation de l’Univers tangible) doit son existence à
une Source antérieure, préexistante. Or, il apparaît que ce qui est antérieur à ce supposé Big Bang n’est ni concevable, ni abordable par les moyens d’investigation de la science profane et
destructrice (de l’Unité, vive les spécialistes !), l’objet d’une telle étude demeurant irrémédiablement hors de portée des instruments et moyens scientifiques modernes, pour la raison que
le domaine de la Spiritualité pure (domaine non mental et propre à l’Intellect) échappe de façon définitive à n’importe lesquels des instruments de quantification et autres modèles
mathématiques.
Tout ne se mesure pas, en effet, grâce aux nombres : vertus,
talents, intellect ou intelligence spirituelle (esprit de synthèse oint de supra-logique, à distinguer encore une fois du mental raisonnable et rationnel armé d’une hache analytique pour
dissection de l’Unité), qualifications inhérentes à toutes créatures vivantes (diversité véritable à distinguer de la seule multiplicité), tout cela et bien d’autres choses qu’il serait
fastidieux, pour ne pas dire impossible d’énumérer en totalité, tout cela donc se mesure selon des Lois et Principes divins tels que Justice, Rétribution, Amour, Grâce, Don de la Foi
(Illumination première), Intuition Intellectuelle (à ne pas confondre avec les intuitions « vulgaires »)…
Non pas que les conditions présentes au moment d’un supposé Big Bang ne
puissent être étudiées, car leurs contingences globales et fondamentales sont similaires à celles d’aujourd’hui, à savoir qu’il y avait « matière », Temps Espace pour respectivement,
contenir (autoriser toutes formes), qualifier (individualiser, personnaliser, transformer) et quantifier (identifier, multiplier) certains possibles issus de l’Infini, mais plutôt que l’Origine
véritable de ces trois contingences principales échappe (dans sa globale Unité) définitivement aux outils de mesure modernes, présents et futurs.
Aussi pouvons-nous remonter au delà d’un supposé Big Bang en concevant
soit qu’une pré–matière lui « est » perpétuellement préexistante, soit qu’une indéfinité de Big Bang successifs est le fruit d’une répétition indéfinie du phénomène de
contraction–expansion de l’Univers. Dans ce cas, ces deux hypothèses ne résolvent en rien la question de l’origine suprême de notre Univers car elles ne satisfont ni notre soif d’un début sans
cause, ni le principe de la Causalité propre à toute existence manifestée. Si l’on considère le néant comme étant à l’origine de toutes choses, alors seul le Tout qui en émerge spontanément est à
même de satisfaire la pensée temporelle, sauf qu’en pareil cas, cette idée défie la plus élémentaire des logiques, car, du néant, ou plutôt de l’idée de néant, ne pouvant être nommé que ce qui
contient la moindre parcelle de réalité (possibilité), rien ne peut naître du fait que lui-même (le néant) n’est pour ainsi dire qu’une pure abstraction idéatoire.
Trois questions défient maintenant notre mental : d’où proviennent
le Temps, la Matière et l’Espace ?
Ainsi que notre composition organique faite à 80% d’eau nous oblige à
nous désaltérer, les conditions temporelles qui régissent la condition humaine ne nous permettent pas de comprendre (de façon rationnelle et matérialiste) qu’un phénomène temporel puisse avoir
été engendré par ce qui échappe totalement au Temps.
De même, faits d’atomes à l’instar de l’Univers spatial (dimensionné)
dans lequel nous sommes immergés, notre mental n’est pas apte à envisager l’éruption de toute « matière » à partir de ce qui est principiellement immatériel (l’image la plus
compréhensible serait celle de l’objet jaillissant de l’idée).
Enfin, d’où proviennent ces milliards d’années-lumière d’espace qui nous
entourent ? L’espace a-t-il toujours existé ? Est-il antérieur à la lumière ? Est-il élastique, s’agrandit-il au fur et à mesure que la lumière le parcourt, l’étire, et par
conséquent le définit, le délimite ? Si tel est le cas, à l’intérieur de quoi s’accroît-il ? Qu’y a-t-il au-delà de cette limite ? En d’autres termes, deux questions concernent ici
l’espace : est-il infini et quelle est son origine ?
Précisons en aparté qu’au sein des contingences de la Manifestation et
lorsqu’on tente de remonter indéfiniment dans le passé universel, les limites de la causalité s’expriment clairement lorsqu’il s’agit de définir la toute première cause, celle par quoi tout le
processus manifesté dans le temps et l’espace a découlé jusqu’à nos jours. Cette cause première n’existe pas en Manifestation, pour la simple raison qu’au vu des possibilités totales qu’elle
devrait posséder, elle serait la manifestation dès « le début » (commencement imaginaire, et issu de quoi encore une fois) de la possibilité manifestatoire totale et accomplie.
Dit autrement, pour manifester le début, il faut connaître la
fin !Ce qui est juste, mais uniquement parce
que le Manifestant est positionné hors de Sa Manifestation, ou pour être plus précis, parce que Dieu étant infiniment plus
que toute Manifestation, le procédé par lequel une Possibilité revêt l’habit existentiel se situe justement hors
des limites et contingences inhérentes à toute chose manifestée.
Ce non-sens, cet illogisme radical pour la raison rationalisante
(orgueil trompeur cher au ratiocinant) met à mal, et disons-le, achève les théories darwinistes et évolutionnistes, étant entendu que le moins ne saurait contenir le plus, et qu’en ce cas précis,
la Manifestation totale n’aurait pu se transformer d’un iota depuis un commencement qui ne cesserait de l’être, anéantissant par là-même toute possibilité de changement, de Temps et de la moindre
transformation, autant de moteurs en réalité de la Manifestation. Cette question aurait du soulever au sein de la communauté scientifique un intérêt suffisant pour que celle-ci oriente ses
recherches vers une direction pas moins qu’opposée (à l’évolutionnisme darwinien), ce qui lui aurait permis d’aborder de front une solution que seule est capable d’offrir une réflexion
métaphysique (mais l’humilité pas plus que l’esprit d’ouverture ne font partie de la mentalité universitaire moderne).
Laquelle Métaphysique assure que la Causalité primordiale, la Cause
(principielle et non manifestée) des causes (contingentes et manifestées) réside en Principe, éternellement, et non dans la Manifestation temporelle. Ainsi, rompant avec l’impossible résolution
du problème soulevé par la recherche indéfinie de la cause première (et imaginaire tant qu’on la cherche dans le manifesté), transparaît clairement l’évidence de « l’apparition
spontanée », n’en déplaise à l’étroitesse de vue inhérente à la raison rationalisante, celle-là même qui bute sans cesse et sans espoir d’issue sur l’incompréhension fondamentale de
l’origine de toute chose. Précisons par ailleurs que « l’apparition spontanée » par quoi l’ensemble du processus manifestatoire universel « a commencé », n’est que la première
conséquence de la Manifestation perpétuelle qui s’étend jusqu’à nos jours, et au-delà pour un Temps indéfini, pour la raison que Dieu seul en connaît la fin, finalité serait plus juste,
c'est-à-dire que Lui seul détient la parfaite Connaissance de la Quantité et de la Qualité propres à toute chose. Car toute chose autre que Lui-même procède du fini, non de l’Infini, y compris
l’indéfini, qu’il soit qualifié ou quantifié.
La Tradition musulmane rapporte une discussion qu’aurait eue Marie avec Joseph qui montre à quel point Marie
avait conscience de la transcendance de sa grossesse :
« Lorsque Marie
devint enceinte, le premier qui s’aperçut de cette grossesse fut son compagnon, Joseph. Quand il vit son état, il fut scandalisé, horrifié et peiné ; il ne savait comment se l’expliquer. Dès
qu’il voulait la soupçonner, il se rappelait sa vertu et sa présence continuelle à côté de lui. Mais chaque fois qu’il cherchait à l’innocenter, il considérait son état. Lorsque, ne pouvant plus
contenir sa peine, il lui parla, sa première parole fut de l’interroger : « Il m’est survenu à ton sujet une pensée que j’ai voulu étouffer et taire ; je n’y ai point réussi. Et
j’ai estimé que le fait de t’en parler soulagerait mon cœur. » « Parle donc, dit-elle, et tiens-moi un bon propos ! » « Je ne veux point en tenir d’autre, reprit-il. Mais
dis-moi ! Un blé peut-il pousser sans semence ? » « Oui ! » répondit Marie. « Et un arbre, peut-il croître sans pluie ? » « Oui ! »
fit-elle. « Et un enfant, demanda-t-il encore, peut-il être conçu sans père ? » « Oui ! répondit enfin Marie. Ne sais-tu pas que Dieu, quand il a créé le blé, Il le fit
pousser sans semence, car la semence vient elle-même du blé ? Ne sais-tu pas aussi que Dieu créa les arbres sans la pluie et que, par la même puissance, Il fit la pluie pour vivifier les
arbres, après avoir créé les deux séparément ? Ou bien diras-tu que Dieu n’a pu faire pousser les arbres sans le secours de la pluie ! Sans la pluie, Il n’aurait donc pu faire croître
les arbres ? » « Non, répondit Joseph, je ne dis point cela ; mais je sais plutôt que Dieu crée tout ce qu’Il veut, Il lui suffit de dire ‘Sois !’ et une chose
est. » « Ne sais-tu pas, continua Marie, que Dieu créa Adam et Eve sans le secours d’un homme et d’une femme ? » Il répondit : « Si, bien sûr ! » Lorsque
Marie eut dit cela, Joseph comprit que son état résultait d’une Intervention divine et qu’il ne pourrait l’interroger plus à ce sujet, car il constata qu’elle tenait à garder le
secret. »
Extrait de « Jésus dans la tradition soufie » de Faouzi Skali – Editions Albin Michel Spiritualité (p
86).
C’est ainsi que pour résoudre une question de comptoir, l’on peut dire
que la poule est antérieure à l’œuf en manifestation (ordre d’apparition terrestre), et que l’œuf est antérieur à la poule en principe.
Revenons-en à l’espace : ici comme ailleurs, tout est affaire de
principes. D’une part, l’espace au sein duquel notre Univers évolue et se transforme dans le temps n’est pas infini mais indéfini, étant convenu que Ce qui l’a engendré le contient, l’englobe et
le délimite ; d’autre part, il est né de conditions non spatiales.
L’espace est Indéfini et non infini car il ne contient pas tout. Le
corps humain, par exemple, par sa forme est soumis aux conditions spatiales et l’espace le contient. Mais les attributs de l’homme ne sont pas tous spatiaux. Ainsi sont les sentiments, la pensée,
la conscience, l’amour, l’imagination, les liens avec l’âme et le divin etc… tout ce dont les contingences propres échappent aux lois spatiales tout en interagissant avec ces dernières. Toute
chose est UNE, et il n’est point de séparation du corps, de l’âme et de l’esprit que, sous des modalités diverses selon les genres, habitent toutes les formes, du minéral à l’humain.
Ainsi peut-on penser à une personne sans être à ses côtés, tout comme
l’on peut s’imaginer aux abords d’une quelconque galaxie sans s’y rendre. D’autre part, par analogie avec l’être humain qui n’a pas son origine (terrestre) en lui-même, mais la tient de ses
parents génétiques (pour ne parler que des contingences organiques sans se pencher sur l’essentiel qui est sa source divine), l’espace ne s’est pas auto généré, mais provient d’un principe qui le
contient et le transcende à la fois. Et il en va de même pour le temps et la matière qui proviennent de matrices qui non seulement sont différentes en cela qu’elles sont plus, beaucoup plus, mais
englobent tous leurs potentiels manifestés (réalisés) ou non.
Nous voici donc réduits à deux hypothèses, à savoir que le temps,
l’espace et la matière originelle ne peuvent avoir comme origine suprême et aussi loin que l’on remonte que l’une de ces deux sources:
1/ le concept du néant
2/ Dieu
Revenons-en à la notion de néant. Il ne peut exister ni en principe, et
conséquemment ni en manifestation, car il ne symbolise aucun principe divin et Dieu contient l’infinité des principes. De plus, aucun principe divin ne saurait être totalement autre qu’une
possibilité de Dieu, aussi infime soit-elle, donc ne saurait être autrement que qualifié par Dieu, car les possibles infinis (en leurs qualités) ne se distinguent pas par leur quantité, mais par
leurs attributs de nature, leurs qualifications. Toute détermination (particulière) ne saurait être dupliquée, car ce serait nier et abolir la détermination première (anéantir le moule), et par
là-même, rendre impossible tout unité, principe et germe de toute quantité (qualifiée). Comme le Un contient tous les nombres, l’Unité (divine) englobe la multiplicité potentielle. Le nombre est
un raccourci permettant de définir ce qui ne l’est pas du point de vue qualitatif. La multiplicité est une illusion bien réelle afin que l’individu distingué puisse se croire autre chose et en
dehors de l’Essence Une et primordiale. En outre, cela signifierait que le Créateur disparaîtrait lors de sa création, celle-ci étant rendue impossible par la disparition de son Créateur… cause
détruite par son propre effet !
La Qualité est ontologiquement antérieure à la Quantité, et non
l’inverse ; la Connaissance fait partie intégrante de la Personnalité avant même d’être distinguée comme potentialité. Il n’existe en vérité qu’une seule quantité : « le UN ».
Or, UN est de toute Eternité, car l’Infinité (des possibles) qu’il contient est définitivement personnalisée par l’Unicité absolue de Dieu.
En qualifiant, on détermine ; en déterminant, on quantifie.
Les virtualités contenues dans les principes ne se manifestent pas
directement car leur soudaine absence générerait un néant dans le principe même qui les comporte et les justifie. Les virtualités se revêtent de l’habit de la manifestation et deviennent alors
des potentialités. Ici s’enclenche le « processus » de la Manifestation dont la Justification est l’Amour infini de Dieu… pour Lui-même ! Amour pour Lui auquel nous sommes conviés
à participer, là où nos egos, ondoyant sur leurs orbites créaturelles et par la grâce qu’il leur a été donné de se croire quelque chose, par l’illusion de nature qui leur permet de s’affirmer
extérieurs à L’Un, par l’orgueil, cet instinct de survie, ce berger de l’abîme qui les chemine vers le puit des souffrances, là où nos egos s’affirment, brillent, résistent puis chancellent
sous les flammes de l’éloignement, pour se fondre à nouveau en une agonie salvatrice et par amour volontaire au Sein de l’Unité du Père. N’est-on pas prêt à mourir pour ce que l’on aime le
plus ?
En faisant abstraction de l’illogisme radical du postulat d’une part, de
l’existence du néant, d’autre part de la perpétuité temporelle d’une sorte de « materia prima » auto générée par le plus impossible des processus, ce dernier faisant aussi appel à la
préexistence du néant d’où cette « matière » proviendrait et de quoi elle apparaîtrait spontanément, donc même en ne tenant aucun compte de tout cela, il faudrait admettre pour rester
intelligible que soit le néant, soit la « materia prima », soit les deux à la fois sont infinis, ce qui est encore « plus impossible », si l’on peut s’exprimer en ces termes,
car la condition première inhérente à l’infinité est l’Unicité.
Un néant infini, en voila une belle idée !
Une quantité infinie ? Jamais déterminée par nature, jamais fixée
en principe, est-ce seulement intelligible ? Par nature, par définition, une telle notion n’a et n’aura jamais aucun pouvoir d’existence.
Quant à la matière, qui a prouvé qu’elle contenait et englobait toutes
choses, y compris la pensée, le rêve, l’imagination, les potentiels spirituels etc. ? Ce que nous nommons matière est support pour la Pensée et s’en imprègne sans la générer ; elle se
pare d’une forme (distinction) relative à ce qui est déterminé sans qu’aucune détermination (qualification) soit de son propre fait, elle est le Connu extériorisé par le Connaissant, sans
être, ni manifester la Totalité du Connaissant… Elle est, car de toute éternité (définitivement antérieure) existe l’Etre Suprême qui l’a pensée (qui la contient comme possibilité et la manifeste
perpétuellement). Cet Ëtre est le Vivant, Celui qui Se manifeste sous l’apparence de la Vie.
Ce que nous percevons comme « matière » est un prolongement
sensible de la Pensée.
Première conclusion : l’idée de néant symbolise l’impossibilité
pure, la parfaite impossibilité, le non-possible absolu. Néant, qui à l’évocation se nie lui-même (par la dénomination), car le nommer, c’est le détruire, et l’affirmer c’est l’anéantir. Jaillit
alors son inverse, la Possibilité infinie ou l’infinité des possibles : Dieu, qui par absolue Nécessité s’engouffre en permanence, en un présent perpétuel (le non-temps, l’Eternité) en cet « espace de possibilité » comme unique
et éternelle Evidence !
Dieu l’Unique, l’Eternel, l’Absolu, l’Incréé, l’Indéterminé, l’Infini,
la Vérité, la seule Réalité, la Cause des causes, le Principe des principes, l’Unique Existant, Le sans Cause (car s’Il en avait une, Il ne serait pas infini), et enfin, Justification de toute
chose au travers de l’Amour Infini.
Nous reconnaissons aussi que le Temps a son origine dans
l’éternité car elle est un état et un attribut de Dieu ; que la matière manifestée est issue de son principe immatériel et non manifesté qui « réside » éternellement en
Dieu ; que l’espace provient de ce qui, aujourd’hui comme depuis qu’il est, en délimite son indéfinité, à savoir la condition non spatiale qui est une parmi l’infinité des possibilités de
Dieu. Et comme pour ce choix le néant a guidé nos pas, c’est de Dieu que tout provient, car en toute logique, il n’y a pour l’Intelligence (le Cœur) pas d’autre choix.
Annexes
Prendre en compte une volonté derrière la naissance de l'Univers revient à accepter l'idée de Dieu, quelques
soient la nature et le nom que chacun pourra Lui attribuer. Pourquoi l’idée, puis la croyance, premier pas vers la Foi en un Dieu unique, se manifestent chez certains et non chez d’autres, cela
est et restera lumineux en Dieu seul. Croire ou ne pas croire ? Parce que Dieu est incompréhensible, la croyance s’oppose-t-elle à la raison ? Y a-t-il au contraire de bonnes raisons de
croire ? Qui n’a pas vécu le sens de la Croix n’a pas saisi le but de sa vie. Existe-t-il un quelconque avantage à refuser de croire ?
Ainsi résumé le pari de Blaise Pascal : que l’on soit dans la Foi ou que l’on n’y soit pas, si Dieu existe,
l’un a tout gagné et n’a rien perdu, l’autre n’a rien gagné et a tout perdu ; si Dieu n’existe pas, l’un et l’autre n’ont rien gagné ni rien perdu. Dans les deux cas, gageons que Dieu est,
car il n’y a rien à y perdre et tout à y gagner.
En quelque sorte, l’infinité réalisée n’est concevable que dans l’éternité, non dans notre Univers temporel.
Cette « Pensées » de Blaise Pascal (1623 - 1662) :
« Nous connaissons qu’il y a un infini et ignorons sa nature. Comme nous savons qu’il est faux que les
nombres soient finis, donc il est vrai qu’il y a un infini en nombre. Mais nous ne savons ce qu’il est : il est faux qu’il soit pair, il est faux qu’il soit impair ; car, en ajoutant
l’unité, il ne change point de nature ; cependant, c’est un nombre et tout nombre est pair ou impair (il est vrai que cela s’entend de tout nombre fini). Ainsi on peut bien connaître qu’il y
a un Dieu sans savoir ce qu’Il est ».
A tort, Blaise Pascal ne fait pas de distinction entre la notion d’infini et celle d’indéfini qui s’impose ici,
vu l’évidente relativité des nombres face à l’Infinité de la Personnalité divine, Synthèse des Possibles infinis. Si le domaine des nombres relevait de l’infini, il engloberait Dieu et Ses
Vertus, ce qui n’est pas concevable, Dieu ne se résumant pas à la seule Quantité infinie, et sachant que toute quantification dépend ontologiquement du processus de Qualification auquel il est
subordonné, processus échappant, de plus, totalement à tout empirisme quantificateur. Il y a donc lieu de remplacer le terme « infini » par celui d’« indéfini » lorsqu’il
s’agit des nombres, et de conclure, sans altérer la pensée de l’auteur par : « … Ainsi on peut bien connaître qu’il y a un Dieu « infini » sans savoir ce qu’Il
est »…
Enfin, terminons en compagnie de celui qui est considéré comme le plus grand des Maîtres du monde arabe,
« al Shaykh al-akbar », Mohyiddîn Ibn’Arabi (1165/1240), dont il peut-être bénéfique d’extraire de son œuvre considérable ces quelques propos qui, à n’en pas douter, peuvent se
rapporter à notre sujet (extrait p. 121-122 de L’Alchimie du Bonheur Parfait, traduit et commenté par Stéphane Ruspoli, éditions Berg International) :
« …Quant à son
camarade, le théoricien, il ne sait rien de tout cela, étant donné qu’il s’agit d’un enseignement prophétique, non d’une réflexion théorique. Ce théoricien est aliéné sous l’empire de sa
réflexion. Or, la réflexion n’a pas d’autre domaine où s’exercer que son champ d’investigation propre, et c’est un simple moyen de connaissance parmi bien d’autres. En effet, à chaque faculté
correspond un champ d’investigation restreint qu’il ne saurait franchir. Aussitôt que cette faculté franchit les limites de son domaine spécifique, elle tombe dans l’erreur et se fourvoie. Ce
faisant, elle dévie complètement de sa « voie droite ». La perception visionnaire détecte fort bien sur quel écueil trébuchent les preuves rationnelles. C’est tout simplement qu’elles
sortent de leurs propres limites. Au vrai, les intellects ratiocinants qui se fourvoient sont égarés par leurs propres réflexions. Celles-ci les égarent pour qu’ils se donnent libre carrière hors
de leurs limites, et c’est ce vagabondage qui amène les ratiocinateurs à juger arbitrairement sans compétence et à s’employer hors de leur champ propre, cela afin de bien mettre en évidence la
faveur de certains par rapport à d’autres. Car en vérité, la faveur se manifeste dans le monde pour que l’on sache que Dieu est plein de sollicitude à l’égard de certains de ses serviteurs,
tandis qu’Il en délaisse d’autres ; pour que l’on sache en outre que la possibilité de chacun a sa limite, et qu’enfin la supériorité que Dieu accorde à qui Lui plaît est une distinction
personnelle liée à telle faculté spirituelle agréable à Dieu, l’Omniscient, le Tout-Puissant ».
Mercure