Samedi 29 novembre 2008

TEMPS ET ETERNITE

Partie II

 

La lumière est hors du Temps et se comporte comme une archiviste perpétuelle. Seule la lumière contient « les présents » de tous les instants. Lumière physique, référence première de tout mouvement et de toute transformation. Lumière spirituelle, Lumière des lumières, car se référant aux choses de l’esprit et ne voyageant pas dans l’Espace et le Temps.

 

Parce que l’Homme est une limitation issue de l’Infini, il est soumis au Temps. En tant qu’affirmation, l’Homme comme toute chose déterminée est une négation de tout ce qu’il n’est pas, car toute affirmation nie ce qu’elle n’inclut pas. En tant que particularité, l’Homme n’est pas tout. Il est défini, et non infini, alors que Dieu n’est pas fini, mais infini et éternel. L’Homme, en tant qu’il participe contingentement aux conditions temporelles de son univers a sans cesse la possibilité d’être quelque chose de plus que ce qu’il incarne à un instant donné, du fait notamment que le Temps ne fait pas partie de toutes les conditions, qu’elles soient manifestées ou non.

 

Au sein des Principes, le Temps n’existe pas en tant que contingence englobant « l’existence même du principe », mais comme une « simple » possibilité manifestable. Le Temps n’est pas « supérieur » aux Principes, en ce sens qu’il les engloberait et les soumettrait à ses propres conditions, ce qui serait la négation absurde de l’Idée même de Principe - Connaissance que Dieu a de Lui et de l’Eternité.

Le Principe apparaîtrait alors comme conditionné par ce qu’il contient. De cette négation de la Possibilité ou du Principe (réservoir de Possibles) émerge une contradiction  ontologique, un principe étant invariable et éternel ne peut être soumis aux conditions temporelles.

 

En Dieu réside hors du Temps l’infinité des Possibilités. Dieu ne peut donc devenir plus ou moins que ce qu’Il est, en permanence de notre point de vue individuel et temporel, hors du Temps de Son point de vue Eternel. Dieu est l’Affirmation qui nie toute autre affirmation en tant qu’Il n’est pas limité.

 

La Vie ne s’adapte pas aux conditions ni aux transformations de l’Univers. C’est ce dernier qui sans cesse est conditionné par la Vie, car elle habite partout et l’Univers est une révélation de la Vie. Elle est aussi lumière, physique pour l’Espace, divine pour l’âme. Et tout devient lumière car la Vie révèle tout. La lumière conditionne et révèle l’Espace. Elle est instant, Temps zéro. Telle une archiviste éternelle, elle fige le Temps en une succession d’instants. Là où est son absence, pas de vie ni de Temps (le péché, l’ignorance). Lumière et instants s’écoulent à la même vitesse et dans le même Temps. Ce dernier est espace qui permet transformations et mouvements du vivant, extrait d’Eternité d’où naquit l’instant. Le présent est instant, recueil d’Eternité dans l’illusion du Temps qui s’y abreuve directement. Car en effet, le Temps naît constamment du non-Temps : l’Eternité !

 

Illusion d’ascension sur les marches du Temps, réalités transformatrices sur une « Eternité d’instants ». Ainsi EST l’Eternité de Dieu hors du Temps, mais Lui n’évolue pas. Absolu, Il contient virtuellement l’ensemble du potentiel infini des transformations. Dieu EST, mais hors du Temps. Toutes réalités d’instants glissent sur le fil de l’Eternité « manifestablement révélée », et la Vie n’étant qu’une succession d’instants, c’est donc elle qui engendre le Temps. Ainsi toute transformation des choses et des hommes « crée » le Temps, et chaque entité au rythme de ses transformations vit son propre Temps. Lumière, mémoire de l’Espace ; mémoire, lumière sensorielle ; Temps, seulement EST car illusion du « était » et de « sera » ; Dieu, éternel présent car infinité des instants, miracle de l’intemporel guidant tous les Temps.

 

Le Temps n’est qu’une illusion « à vivre ». Seul EST le présent, reflet dans le manifesté de l’Eternité non manifestable. Le passé n’est plus et n’a été « est » que lorsqu’il fut le présent. Le futur n’est pas et n’« EST » jamais, sauf lorsqu’il sera « est ». En fait, le passé n’est jamais, car cela signifierait que le Temps s’arrêta, dans une fixité qui à son tour abolirait toute notion même de passé et de futur, et il en va de même pour le supposé futur. C’est la mémoire, intemporelle et non soumise aux conditions spatiales et temporelles, qui, paradoxalement, nous permet de prendre conscience du Temps. S’affranchir des limitations inhérentes à un état d’existence suppose de le dépasser, d’en franchir les limites. Ainsi, envisagé « au-delà » de l’état en question, celui-ci est globalement cerné et inclus comme potentiel, régenté, contingent et subordonné par ce qui lui échappe et lui fait défaut. La mémoire, non soumise aux conditions et limitations temporelles, permet de déterminer ce qui est passé, et non seulement ce qui fut passé.

 

Cette même mémoire nous donne conscience du Temps qui « passe » sur le fil du toujours présent. Prendre conscience du toujours présent nécessite de s’extraire des conditions temporelles, et d’abolir la mémoire des successions pour réintégrer le principe des Virtualités permanentes, qui elles-mêmes par nature, échappent totalement aux conditions et contraintes temporelles. Sortir, s’extraire de la condition humaine, elle-même soumise aux lois de l’espace et du Temps s’impose donc comme la première condition pour envisager vivre sans cesse consciemment le présent, sans avoir la moindre conscience ni d’un passé, ni d’un futur, c’est à dire d’une succession causale.

 

C’est la réintégration de son propre principe, Délivrance pour chacun.

Délivrance de l’enchaînement aux états temporels et spatiaux, de notre subordination et conditionnement par rapport à ces états : accession à la Réalisation, réintégration de son propre principe, désenchaînement des conditions inhérentes à l’Espace-Temps, réintégration consciente dans le Sein Universel et Eternel.

Tout principe est virtuel, UN, non distingué, non divisé, abolissant ainsi toute possibilité à l’émergence d’une quelconque temporalité ou durée.

 

Ce n’est que lorsque la Virtualité totale et Une contenue dans un principe se distingue en possibilités que le processus temporel (cela ne vaut que pour notre univers observable et soumis aux conditions temporelles) est inclus dans la manifestation conséquente de ces mêmes possibilités. En d’autres termes, dans notre univers, le Temps est une condition qui accompagne toute possibilité prête à se manifester. Le Temps est une conséquence de la Manifestation, non la cause ou le support préalablement existant.

Nous contenons du Temps, comme notre corps physique contient de l’eau. C’est pourquoi il n’y a pas un seul Temps pour toutes choses, mais autant de durées qu’il y a de choses.

 

Ce qui est UN ne saurait subir ou engendrer la moindre évolution.

Le toujours présent du déroulement successif des potentialités (causalités et leurs effets) donne l’impression et l’illusion d’un passé et d’un futur pourtant sans cesse et toujours inexistants, du fait que seul EST le présent. Paradoxe d’une définition du Temps par son absence, en ce sens que la temporalité exprime un déroulement, une relation de causalité, alors que le présent est perceptible uniquement sous un aspect perpétuel de fixité, comme la définition de l’instant « T » insaisissable de toute chose, de tout état.

 

Le présent est l’affirmation intemporelle qu’une chose existe, mais n’est pas l’affirmation qu’une chose est en train d’évoluer ni de se transformer. Il faut donc en conclure que le présent contient passé et futur. Le présent est un résultat déterminé, et sans cesse re-déterminé par l’effet qu’il engendre. Car si le présent est résultant, il est aussi causalité. Il est un produit producteur. Il ne cesse de se redéfinir, car il se contient en entier, à savoir qu’il contient son passé et son futur. En cela, il est analogue à l’Eternité. Comment aurait-il pu en être autrement, puisqu’il est le fils de l’Eternité ?

Dit autrement, toute possibilité manifestée équivalant à un instant présent l’est selon une logique successive et anticipative ou adventice, dont la raison d’exister (d’être manifestée) à un instant précis qui ne peut être que celui-ci, est prédéterminée de toute Eternité selon le « Contenu Qualitatif » propre à la Possibilité Principielle totale de toute chose manifestable.

L’insertion d’un Possible et son interaction avec l’existence conjointe de toutes les Possibilités manifestées est pour le moins orchestrée selon une Harmonie Transcendante. Cette divine Harmonie reflète à chaque « instant universel » dans le Miroir de la Manifestation Globale un Visage particulier de Dieu !

Et Dieu recèle en Lui, qualitativement, l’Infinité de Visages, faisant que la Manifestation est perpétuelle et n’aura jamais de fin.

 

…….

 

De part sa nature, l’Infinité de Dieu est à jamais non manifestable ; la Manifestation toute entière est contenue dans l’Infini de Dieu comme une goutte d’eau est contenue dans l’océan, à supposer que ce dernier soit lui-même infini.

 

En définitive, qu’est-ce que le Temps ? C’est avant tout un Mystère. Celui de Dieu !

On peut bien répondre que le Temps n’est qu’un des moyens par lequel Dieu manifeste certains de Ses Possibles ; qu’un des moyens par lequel Il Se manifeste à Lui-même tel qu’Il est dans l’Eternité.

 

Aussi peut-on avancer que le Temps est une conséquence et une des conditions du développement de certaines possibilités manifestables contenues dans les Principes éternellement « fixés » et déterminés en Dieu. En lui-même, le Temps n’a pas de début, il ne contient pas sa propre origine, car rien ne s’auto crée dans le manifesté. Si quelque chose était capable de s’auto créer, il faudrait que son germe préexiste, ce qui est absurde, car alors nous ne définissons jamais son début, qui sans cesse recule indéfiniment sans jamais trouver une cause première et « fixe ».

 

L’origine de toutes choses préexiste nécessairement à l’extérieur de toutes choses. Seul Dieu n’a pas de début, et n’a aucune Cause en dehors de Lui. Il EST de toute Eternité, Seul, notion qui, rappelons-le, définit précisément l’absence absolue de Temps, plus facile à appréhender comme un présent perpétuel. Comme l’Océan contient toutes les gouttes d’eau, l’Eternité contient tous les Temps. Comme toutes les gouttes d’au éparpillées retournent à leur lieu d’origine, l’Océan, tous les Temps réintègrent l’Eternité à travers la Réalisation ascendante (la réintégration consciente de son propre principe). Le Temps prend sa source dans l’Eternité, dans le non Temps. Il ne peut en être autrement.   

 

Pas plus qu’il ne peut y avoir de fin à la Manifestation, ce terme englobant indéfiniment plus que notre univers observable, à savoir tous les états d’être, imaginables ou non, temporels ou non, car les possibilités manifestables sont infinies en Dieu, la Source des sources, le Principe des principes. C’est pourquoi, lorsque tout ce qui est aujourd’hui aura épuisé toutes possibilités, c'est-à-dire lorsque les possibilités manifestables contenues dans les principes, qui aujourd’hui sont en cours de manifestation auront toutes achevées leurs transformations, alors une indéfinité de principes nouveaux se manifesteront à leur tour, s’il est permis de parler en ces termes, car ce « processus » est constamment en action à travers la manifestation perpétuelle.

 

…….

 

En définitive, les sciences parcellaires modernes ne disposent d’aucun moyen véritable pour tenter de définir le Temps, pas plus que pour opérer d’hypothétiques voyages spatio-temporels à partir des contingences temporelles. L’hypothèse superflue d’un voyage spatio-temporel dans le Temps suppose de s’extraire hors du Temps, donc de sortir de ces mêmes conditions spatio-temporelles ! Le non-sens apparaît ici avec évidence.

Les questions de principe de cet ordre ne relèvent pas de la physique, bien que cette spécificité y soit inclue, mais de la Métaphysique.

 

Les Possibles éternels contenus dans le Germe se manifestent perpétuellement sous forme (en tant que) « d’états particuliers » générant l’illusion d’un Temps par l’effet de la transformation perpétuelle du Manifesté.

Passant de l’Universel Simultané à l’Individuel séquentiel, la Manifestation continue des Possibles génère ce que nous percevons comme le Temps.

 

« Le Temps, c’est Dieu ! »

Et Dieu Seul est Savant.

 

 

Mercure

 

PS : Il est aisé aujourd’hui de constater une accélération progressive et exponentielle du Temps.

Nous espérons pouvoir aborder cette question lors d’une prochaine étude.

 

Par Mercure
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