Samedi 29 novembre 2008

TEMPS ET ETERNITE

 

 

Qu’est-ce que le Temps ?

La science moderne en général et la physique en particulier ont tenté, sans succès jusqu’à présent, de donner une définition claire et définitive du Temps. Les quelques approches en ce sens, une fois réglée l’insoluble question de définir l’instant pas le nombre, ont essentiellement été élaborées à partir de dires philosophiques. Tout au plus, les tentatives effectuées pour donner une définition claire du Temps se sont soldées par un échec, relevant au mieux d’une approche métaphorique. Aussi certains scientifiques s’accordent sur le fait d’abandonner toute esquisse dans une réponse à donner concernant la nature même d’un tel concept. Ceux-là ont raison, car, en définitive, les limites fixées par l’étroitesse des points de vue de la science moderne sont justement celles-là qu’il faudrait dépasser, mais en ont-ils seulement conscience ?

 

Il est indispensable, pour tenter d’éclaircir quelque peu les concepts de Temps et de non Temps (l’Eternité), de s’appuyer sur certaines notions inhérentes aux principes.

 

…….

 

Chaque élément manifesté est, pour ainsi dire, le résultat de la transformation d’une Virtualité éternelle (contenue, immuable, en Principe), en une possibilité manifestable temporellement (pour ce qui est contingent au Temps uniquement, étant entendu qu’une indéfinité de possibles échappent définitivement à toute contingence temporelle), c'est-à-dire en une possibilité « extraite » de son contexte principiel, et qui, lors de sa manifestation, reprenant ici une image chère à Ibn Arabi, revêt « l’habit existentiel ». Toutefois, il faut prendre garde de ne pas donner à la notion d’extraction le sens de détachement radical ou d’exclusion du Sein Virtuel, car une possibilité qui s’extrairait irrémédiablement de la Virtualité engendrerait un néant au sein même de cette dernière, ce qui, en raison justement de la « nature idéatoire du néant » (voir l’article « Dieu ou néant »), est une pure impossibilité.

 

Ainsi, dire qu’une possibilité est extraite de son contexte virtuel sous-entend l’idée de transformation, celle-ci résultant directement de son « incarnation » dans le mode Existentiel, et pour ce qui nous concerne, temporel. Cette transformation apparaît alors comme la phase terminale d’un Processus divin autorisant le passage du Virtuel au Potentiel, et qui plus est, au Potentiel manifestable, car, si tout ce qui est manifestable est potentialisé en Principe après être (en permanence) virtualisé et non distingué dans l’Unité éternelle, tout potentiel principiel n’en est pas pour autant manifestable.

 

Cette opération est réalisée à travers le Verbe, Christ, en tant que Principe « Passif » soumis à la Toute Puissance et à la Volonté de Dieu – Khun ! Sois ! - ; en tant que Principe « Actif » lorsque l’action engendrée se rapporte à toute Manifestation. Toute chose, du Principe à l’existentialisation est engendrée par et à travers le Christ-Verbe. Et toute chose retourne au Principe dont elle dépend éternellement par le même Verbe-Christ. Ainsi peut-on affirmer que le Christ, plus que prophète, est Prophétie, Pontife Suprême, « moyen » initial par lequel est émise toute parole de Dieu, et pour ainsi dire, toute action de manifestation.

 

Cette transformation incarne donc un changement de nature, une transmutation d’état. Rappelons seulement que le domaine Virtuel relève du domaine Universel, donc de l’Unité, Universel qui ne saurait contenir aucune détermination particulière, toutes les distinctions liées à la Manifestation étant ici fondues en un seul et unique Super Principe : l’Infinité des Possibilités, autrement dit la notion la moins restrictive de Dieu.

 

C’est pourquoi, lorsque est employé le mot « Virtualité » au pluriel, il s’agit avant tout de rendre plus claire et plus intelligible d’une part, la Virtualité Universelle, indivisible et Une, d’autre part la Virtualisation des potentiels, et enfin, la Potentialisation, entendue comme phénomène de distinction du contenu (potentialisable uniquement) de la Virtualité Première, ainsi que les potentialisations lorsqu’il s’agit de la répétition de ce processus.

 

C’est donc par un effet d’ascension (de remontée, de retour) intellectuelle vers l’Essence qu’est employé spontanément « Virtualité » au pluriel, afin de relier « naturellement » cette notion aux potentialités nées des distinctions indéfinies nécessaires à toute manifestation, distinctions ayant pour conséquence de transmuer le Virtuel en Potentiels ; car, encore une fois, ce qui est Eternel, Universel, Un, Absolu, Volitif, Infini, et ne saurait jamais être manifestable au sens où nous comprenons la Manifestation, c’est à dire assimilable à l’Univers observable et à tout ce qu’il comporte et que nous connaissons, ainsi qu’à tout ce que nous ne constatons ni ne soupçonnons pas.

Dit autrement, Dieu est infiniment plus que l’ensemble de Sa Manifestation, malgré qu’elle ne connaisse jamais de fin – Manifestation Perpétuelle.

 

Emerge spontanément le parallèle entre connaissance et être, sachant que nous sommes ce que nous connaissons, donc possédons. Précisons simplement pour l’instant que, contingentés par la condition humaine actuelle, nous ne pourrons jamais connaître de l’Univers que ce que nous sommes et connaissons de nous-mêmes, ce qui signifie que nous ignorerons toujours de sa véritable nature tout ce que nous ne sommes pas.

 

Ceci rejoint la notion de mystère, qui, prit dans son sens moderne, signifie quelque chose de découvrable, les petits mystères modernes n’étant le plus souvent que des sortes de trésors cachés, de devinettes ou de questions relevant du savoir et non de la Connaissance, ce que chacun ou presque est à même de découvrir ou d’apprendre par lui-même ou autrui. C’est la mise en évidence du Mystère métaphysique, dont l’existence même ne peut être qu’ignorée par ceux qui ne le possèdent pas en eux-mêmes.

 

Etre en possession d’un tel Mystère revient à être soi-même le Mystère en question, et ainsi à le révéler par sa propre existence. Or, comme « être » est « connaître », la nature que Dieu a octroyée à chacun de nous détermine d’elle-même qui peut connaître ou non de tels Mystères. Quiconque en tant que détenteur chercherait à révéler de tels Inconnues est irrémédiablement voué à l’échec face à tous ceux qui ontologiquement les ignorent, ceci renforçant au besoin le caractère d’inviolabilité de ces Mystères d’ordre métaphysique, seuls à mériter une telle appellation.

 

…….

 

Le Manifestable, produit sous l’apparence du Multiple, de ses innombrables changements et de sa variété indéfinissable est UN, comme un reflet dans l’existentiel de l’Unité éternelle. Et bien que cette Unité ne soit pas manifestable en « totalité », c’est à la Personnalité coordinatrice et éternellement Une de Dieu qu’il faut ici se référer.

 

Un comme le corps est Un malgré ses innombrables cellules et atomes : on ne dit pas : « Bonjour milliards de cellules ». Un comme un être humain est Un malgré l’ensemble des vertus et de leurs absences qui le caractérisent : on ne dit pas : « Bonjour bonté, jaloux, généreux etc., mais bonjour untel ».

 

Tout principe appartient au domaine de l’Universel. Dans cet état, tout principe est donc Un. Universel et de nature unifiée, un principe baigne dans le domaine de l’éternel, et non du temporel, le Temps ne pouvant tolérer l’absence absolue ne serait-ce que d’un seul changement ou d’une seule et unique transformation. Procédant de l’Eternité, ce qu’il contient est virtuel, et à ce stade, on ne peut parler que d’une seule Virtualité étant donné le caractère unifié et unitaire de tout principe. De la notion d’Eternité découle celle de l’invariance. Or, le manifestable est caractérisé par la distinction, la séparativité et la détermination de ce qui est Un en principe par le changement et les transformations issues des interactions entre les nouveaux éléments manifestés.

 

Là où le principe est unifié et « inerte », semble inerte serait plus juste étant donné le caractère éminemment actif du Principe d’où tout découle en fait « passivement », le manifesté est mouvement et diversité. Cette analogie n’est pas réellement valable du fait de l’impossibilité de comparer ce qui relève du domaine de l’infini avec ce qui a trait au fini, pas plus qu’il n’est possible de mettre en parallèle les domaines universel et individuel, éternel et temporel, et pour les mêmes raisons ceux de la multiplicité et de l’Unité.

L’image d’une chute d’eau grandiose parait intéressante. Positionnés au pied de cette dernière sans distinguer le glacier qui en est la Source (le Principe immuable), nous contemplons la génération des possibilités qui y sont inclues s’écoulant sans fin, étant entendu dans cet exemple que le glacier est inusable et ne subit aucune transformation de nature.

 

Ainsi donc, la notion de principe laisse apparaître trois états, qui, bien que ne faisant qu’Un, sont à distinguer afin de mieux les appréhender, pour peu que, justement, ne soit pas oubliée la notion d’Unité qui les caractérise. Nous nous permettrons de classer ces trois états selon un ordre hiérarchique, qui en Métaphysique comme pour tout ce qui a trait au Spirituel, part de l’unité pour « descendre » vers la multiplicité. Si au regard de la Manifestation universelle et éternelle il n’y a qu’un seul et unique état dans lequel rien n’est déterminé, selon notre point de vue qui est celui de la manifestation apparaissent trois états essentiels connus comme Virtuel, Potentiel et Manifesté.

 

Toute chose manifestée est le « résultat » d’une succession indéfinie et indéfinissable de causalités antérieures, ce qui de fait, détermine cet élément en une causalité sans cesse renouvelée, causalité générant à son tour un nouvel élément caractérisé de la même façon que le précédent. Ce « processus » est métaphysique, car bien qu’il apparaisse à nos yeux comme relevant du domaine restreint de l’individuel, il procède et participe tout entier de l’Universel.

Une première conclusion s’impose : toute chose existe à un instant déterminé bien que non déterminable, le temps ou la durée d’une chose ne cessant pas avant le terme de la chose, c'est-à-dire avant l’épuisement total de la possibilité inclue en son propre principe qui détermine justement « l’instant présent ». Or, toute chose contient en elle-même tous les potentiels d’interaction qu’il lui est possible « d’expérimenter », faisant que selon le raisonnement, l’état présent de toute chose manifestée renferme l’ensemble des possibilités transformatrices issues de son propre passé, ce qui constitue alors un conditionnement pour l’avènement d’un futur.

 

Voilà bien un concept où la raison raisonnante est illusionnée, là où l’esprit de synthèse métaphysique conçoit l’Unité à travers le déroulement séquentiel des possibles, ce qui engendre le Temps.

D’où l’équation : un Instant = une Possibilité (manifestée) !

L’écoulement des Possibles étant orchestré selon l’Ordonnance issue de l’Omniscience et de la Toute Puissance de Dieu.

Ce procédé divin ne se réalise pas dans le Temps, mais engendre le Temps.

 

…….

 

Vue de la Raison, autrement dit à travers l’illusion.

 

Le présent est immobile car il ne peut donner aucun changement. Et pourtant, dans quel Temps peut-on imaginer qu’une chose se transforme, si ce n’est dans le présent ? En définitive, seul est le présent, car, lors de toute prise de conscience, passé et futur ne sont qu’abstractions, n’étant plus et pas encore. Etant donné que le présent s’apparente par trop à l’insaisissable instant, il s’appréhende comme continuum, reflet manifesté de l’imperceptible et indécelable Eternité. C’est donc le long de ce continuum que s’opèrent toutes transformations, ce qui nous amène à la reconnaissance que la moindre transformation « fabrique » et créé le continuum. Transformations et Temps sont donc étroitement enchevêtrés, l’un comme créateur de l’autre, l’autre comme support du premier.

Ce que l’on nomme présent est de ce fait la résultante de l’ensemble des « passés ». Ainsi doit-on parler plus à propos de durée pour qualifier ce que l’on définit comme le Temps, et qualifier par Temps le réservoir de toutes les durées, par analogie avec le « réservoir » supra-spatial qui contient l’Espace ou Cosmos que nous connaissons, en lesquels du gravier aux amas galactiques et de la plus infime sensation à l’exaltation la plus haute d’Amour, toutes contingences sont contenues et englobées.

Tous nous vivons au rythme de notre propre durée, selon un rythme propre, le Temps qui nous est commun à tous. Une journée n’est jamais vécue avec la même sensation de durée par tout le monde. Chacun à sa mesure la vivra plus ou moins courte ou plus ou loin longue, pendant que l’horloge atomique, ou Temps minéral, définit le Temps global en lequel toutes créatures pensantes expérimentent leurs durées propres.

 

Vivre le présent implique par conséquent la jouissance d’un état particulier. Le présent se comporte comme le révélateur de tout être et de toute chose, que le continuum temporel ne cesse de transformer. A chaque « instant », encore faudrait-il dire à tout moment, donc en permanence, il n’est question que de présent et de révélation d’un état d’être particulier. La réaction d’une interaction forme une nouvelle chose, un nouvel élément. Mais chaque élément interactif, préalablement à l’action interactive, englobe potentiellement d’une part, le « pouvoir » d’interaction, d’autre part les qualifications nouvelles, autrement dit la transformation réactive issue de cette interaction.

De fait, rien ne s’oppose à ce que soit affirmé que tout élément, changeant sans cesse sur le fil continu du présent, renferme en lui-même la globalité de ses propres durées. Ces dernières apparaissent comme voilés par l’éclat et, pour certains êtres par la prise de conscience d’être, présent devenant illusoire car déroulant sans cesse les potentialités transformatrices qu’il englobe constamment.

 

Apparaît ici un paradoxe : comment le Temps présent peut-il incarner l’état fixe, immobile d’une chose, tout en pouvant être défini comme le lien continu sur lequel évolue cette même chose ? Pour que le présent incarne l’absence totale de changement, « un Temps fixe » si l’on peut exprimer ainsi cette formule paradoxale - la notion de Temps étant indissociable de celle de mouvement, le Temps devrait être discontinu. Ceci revient à prétendre que nous vivons dans un Temps en pointillé, dont les moments de « plein » (où il est en action) seraient entrecoupés par des … ? ... de néant temporel.

 

Il suffit de se référer à l’article « Dieu ou Néant » pour reconnaître que cela est impossible. Le présent apparaît donc comme le liant continu le long duquel se déroule ce que nous appelons le Temps, à savoir un futur qui se transforme en passé, ou un passé qui ne cesse de « mourir » pour laisser place au futur, passé comme futur étant totalement illusoires. Ainsi, le présent est insaisissable ; et point de fixité de l’instant non plus, car il s’agit là tout au contraire du support du changement perpétuel.

 

L’incapacité de la raison ratiocinante à déterminer conceptuellement ce que sont Présent et Temps apparaît ici avec clarté !

Alors que l’Intellect véritable affirme que « Le Temps, c’est Dieu ! » ainsi que le Prophète Mohammed en fit la réponse à l’un de ses compagnons qui le questionnait à ce sujet.

Certes, un Envoyé divin ne saurait dire autre chose que la Vérité.

Et nous avons approché la question par la plus petite qualification déterminable du Temps : une Possibilité particulière… suivie d’une autre…

Où le Temps s’appréhende par la succession métalogique et continue des possibilités selon l’Ordonnancement Divin, c'est-à-dire selon la nature de tous Principes manifestables et réservoirs de Possibles.

La cohérence et la continuité inhérentes à l’écoulement de la cascade temporelle découlent de l’Unité éternelle Principielle.

 

 

Mercure

 

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Suite en Partie II

 

 

Par Mercure
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