Le libre arbitre
S’il est des notions délicates à aborder de façon intrinsèque et dans le vacarme actuel au sein duquel leurs significations sont le plus souvent mal comprises, pour ne pas dire où la confusion est totale, celle du libre arbitre en fait incontestablement partie.
Considérant que revenir en détail sur l’approche métaphysique relative aux concepts d’Unité, d’Eternité, d’Omniscience, d’Absolutisme, de Volitivité… serait fastidieux et redondant eu égard au contenu des articles présents sur ce site, le chemin le plus court sera entrepris pour parvenir à la question qui nous intéresse présentement.
Le lecteur est remercié pour sa patience et son intérêt, entendu qu’il est supposé avoir lu la somme des articles présentés ici, ceux-ci autorisant une compréhension plus fine de ce qui va suivre.
Rappelons tout d’abord comme nous l’avons déjà suggéré, qu’en tant qu’Infini, Dieu est définitivement « autre » que toutes les Caractérisations inhérentes à l’effet d’engendrer le Multiple. Ainsi est-Il au-delà de Ses Attributs par Lui déterminés et de toute notion de Liberté au sens où un choix est posé, choix suggérant alors au travers d’un paradoxe peu banal une notion de contrainte qui ne peut s’entendre pour l’Infini qui s’affirme au contraire comme en étant totalement dépourvu.
Seule en effet l’Impossibilité pourrait contraindre la « Possibilité Totale », ceci n’ayant aucun sens puisque l’impossible ne fait pas partie de l’Infinité des Possibles !
Précisément, cela signifie qu’il existe quelque chose positionné au-delà de la Liberté, hors de portée de la conscience humaine, aussi totale puisse être la définition portée au concept de Liberté. Cette chose, c’est la non-liberté ou si l’on peut s’exprimer par ce terme, l’ « inliberté », la négation ne signifiant pas le privatif par un retour à la contrainte - du choix ou d’une infinité de choix, ce qui n’a aucun sens sur le plan quantitatif -, mais bien un dépassement absolu de toutes les possibilités de choix, ce dernier étant transcendé par la Disposition ontologique Totale des Possibilités.
Ceci s’entend pour Dieu Infini et Un, Seigneur de toutes choses inhérentes à Lui-même ; et il n’en existe aucune autre. Se suffisant éternellement à Lui-même, ayant Sa Raison Suffisante en Lui-même, Dieu Volitif transcende la Liberté contraignante, celle-ci suggérant une ordonnance qui sera seule prise, excluant de fait toutes les autres possibilités de décision. Lors d’un choix en effet, toutes les données autres que celle choisie ne serons pas manifestées, passant pour ainsi dire aux oubliettes de l’imaginaire, devenant en quelque sorte des possibles « retirés » du plan manifestable. Or, il est entendu que toutes les Possibilités manifestables le seront, de même que toutes les Possibilités non manifestables ne le seront pas.
Et ce n’est pas parce que Dieu étant définitivement « Tout » (non restrictif ni clos mais au sens de Globalité) peut Tout, qu’Il peut faire « n’importe quoi (de Lui-même), car alors Il serait Chaos infini. C’est pourquoi Sa Manifestation, bien qu’imparfaite en tant que telle, n’en n’est pas moins conçue par Lui parfaitement selon Sa Volonté (les Lois ordonnant toutes choses).
Sur le plan humain, il en est naturellement tout autrement, en apparence du moins, et selon que l’on envisage cette question de notre point de vue particulier. Seul le Contingent peut donner l’impression d’un libre-arbitre en tant que le choix y apparaît. Illusion cela va de soi, entendu que seule la Possibilité manifestable en (son) Principe deviendra effective en manifestation.
Une illusion de choix que tous nous avons, conscience d’un choix dont le terme unique est prédéterminé de toute éternité.
Le socle entier de notre existence est carrelé de choix, jalons d’intersections incessantes dont l’une des directions seulement, et une seule en définitive, n’est possible et réalisable en manifestation. Toutes les autres directions en dehors de celle qui sera suivie ne sont qu’illusions, sinon, que reste-t-il de l’Omniscience ? Que reste-t-il de la Destinée… et de l’Infinité de Dieu ?
Dans la négative, notre monde et l’Univers ne seraient que chaos perpétuels, lieux du fracas incessants de hasards s’entrechoquant, hasards ne pouvant être, à l’évidence, puisque tout est Déterminisme de par l’Omniscience infinie et que, derrière le hasard, se cache toute l’ignorance que nous avons de la Détermination Totale en mouvement.
Pour étayer ce propos, il m’a été donné d’être informaticien de petit niveau par le passé, à une époque où l’informatique en était à ses premiers balbutiements. Un monde de rigueur et de logique à n’en pas douter, et une machine - l’ordi-nateur - qui pourrait n’être pas née de la seule pensée humaine, tant le lien entre le transistor électronique et les connaissances scientifiques de l’époque s’avèrent pour le moins indistincts. Mais c’est une autre histoire…
Qu’il me soit permis ici une analogie avec ce que l’on nomme un organigramme. Car pour concevoir un logiciel informatique, du moins voici plus de vingt ans, il en fallait un, à l’instar d’un architecte qui définit les plans de la bâtisse avant l’inauguration des travaux.
La première chose à faire avant toute conception est de définir le premier choix : « Voulez-vous quitter ce programme, ou continuer ? »
Nous avons tous besoin de cette porte de sortie initiale, que ce soit en naviguant dans un programme informatique, ou que nous surfions sur la Toile Divine, Programme des programmes, ensemble indéfiniment complexe de déterminismes divins réfléchissant dans le Temps et l’Espace (pour ce qui concerne notre univers sensible) la fixité absolue et éternelle de certaines particularités immanentes au Corps de Dieu.
Dans le cas contraire donc, on emprisonne en quelque sorte l’utilisateur dans le programme, et il ne sait plus ni où, ni comment sortir de ce labyrinthe informatique.
Ce choix est représenté par un losange à l’intérieur duquel la question (du choix) est posée, au crayon et sur papier s’entend, car pour l’utilisateur, ce sera une « boite de dialogue » qui s’ouvrira à l’écran.
L’opposition apparente entre la question du Choix et le soi-disant libre arbitre humain (mais sont-ce deux notions si différentes, et ne sont-elles pas reliées en tant que cause et conséquence ?) au Concept de l’Omniscience divine m’interrogeais de puis longtemps. J’entrepris voici quelques années un parallèle qui m’autorisa une réponse.
Parallèle entre le losange et le libre arbitre humain, d’où jaillit l’illusion du choix effectué en conséquence par notre propre volonté, celle-ci se considérant en ce cas créatrice et autonome, alors qu’en vérité, l’illusion d’un libre arbitre décisionnel nous amène irrémédiablement à opter pour la seule possibilité qui existe en principe dans notre Germe éternel, possibilité qui de fait, par nature ou ontologiquement, n’est pas de notre fait, mais de Dieu Lui-même.
Le losange informatique symbolise la conscience d’un choix mentalisé, alors que, et la comparaison s’arrête là avec l’organigramme puisque l’ensemble des possibilités d’action proposées lors du choix informatique débouchent toutes réellement sur des actions potentiellement actives, la décision prise dans notre réalité existentielle, générant ainsi l’unique action possible, ne peut être que la seule contenue en principe, en conséquence de quoi toutes les autres possibilités entrevues lors de la prise de conscience du choix relèvent tout au plus du domaine de notre imaginaire en lequel toutes choses imaginées, bien que présentes également en principe, rien ne pouvant être extérieur à l’infinité de Dieu, découlent du domaine sensible Non Manifestable.
Dans le cas contraire, pourrions-nous légitimement affirmer que nous autres créatures serions créatrices de possibilités qui n’existent pas en Dieu ? Et encore, en admettant que cet ensemble d’actions (voies, conséquences) résultants de choix multiples et manifestables en notre réalité existent virtuellement en Lui, ne vivrions nous pas en un monde de chaos perpétuel, où toute loi, sitôt née serait abolie, où toute résonance harmonieuse, échos ou compatibilité seraient aléatoirement détruits et où, en définitive, serait irrémédiablement et en permanence anéantie (donc « in-manifestable ») la loi de Causalité, celle-là même sur laquelle s’appuie l’écoulement cohérent des contingences inhérentes à l’Espace Temps ?
De cette Incohérence, tout ceci engendrerait, en définitive, l’abolition de l’Unité rayonnante et du Règne de l’Omniscience Unitaire à travers la Production de la Manifestation Perpétuelle.
Ainsi, la Manifestation toute entière, cohérente, régulée et orchestrée par les Lois divines, expressions de Sa Volonté, s’avérerait dans l’incapacité, toute entière, de revêtir l’Habit Existentiel.
Il découle de tout ceci que quoique nous fassions en fait, et quoique nous pensions, nous ne faisons qu’exécuter et penser selon la Volonté de Dieu !
Et ce, malgré qu’Il ait souhaité octroyer à la créature le pouvoir d’illusion d’agir et de penser indépendamment de Lui selon une volonté propre. La « sensation » d’être, d’agir et de penser extérieurement à la Source n’apparaît alors que comme un problème de Conscience.
Est « Réalisé », et donc Libéré, celui qui a cessé, en Conscience, de croire être autre chose qu’une Possibilité divine en mouvement.
En définitive, il ne pourrait y avoir que deux façons d’entrevoir toute action, parole ou pensée consécutives à un choix dont nous serions les maîtres absolus, car nous faisons tous la volonté de Dieu, mais :
- d’une part, à la manière de ceux qui l’ignorent, illusionnés qu’ils sont par l’ego et par la méconnaissance relative à ce sujet, croyant ainsi choisir et agir en conséquence de leur propre choix, donc de manifester, peuvent-ils déduire, des possibles qui n’existeraient pas en Dieu ! Certains n’ont pas manqué d’affirmer que l’homme crée Dieu… Diabolique ! Ceci fait en toute liberté, ce qui conduit à l’innocentement par un libre arbitre incompris et postulé comme un détachement ombilical d’avec Dieu, pont naturel conduisant à la notion erronée d’un Créateur détaché et spectateur, puissant ou impuissant, de sa Création ;
- d’autre part, selon ceux qui agissent en ayant conscience que, libérés des illusions de l’Ego d’être autonomes (dans la décision de la voie choisie) en cette conscience d’un choix, reconnaissent obéir dans tous les cas à la Volonté de Dieu au travers d’un acte de Foi.
Ainsi, l’équation par la Voix de l’Ignorance : Conscience d’un choix (le libre arbitre incompris et subi) – Présence du libre arbitre – Volonté personnelle affirmée – Illusion de la propriété de l’action – Absence de Foi – Couronnement de l‘Ego.
Ainsi l’équation par la Voie de la Foi et de la Connaissance : Action (état d’être) de Foi – Conscience du Choix (le libre arbitre « égoïque » conscient et maîtrisé) – Absence décisionnelle dans le libre arbitre – Volonté de Dieu – Connaissance de l’Origine de l’action – Salut de l’Ame et possibilité de réintégration principielle.
Sans extrapoler hors de ce propos et en restant dans un cadre humain, la Vie s’affirme alors comme une prise de conscience continue de choix permanents dont les issues ne nous appartiennent pas, mais procèdent du Divin.
Comme un reflet de la Transcendance de la Liberté dont Dieu Seul bénéficie, la véritable Liberté pour l’Homme pourrait bien s’avérer d’être en Conscience, par Amour et volontairement, Serviteur de Dieu.
Au travers de la Soumission totale (Islam), l’Homme acquiert, illustre et magnifie la notion de Liberté véritable.
En cela, l’Homme est libre, car définitivement délivré des illusions inhérentes à sa propre volonté face aux choix posés, étant donné que Dieu « voit à travers ses yeux », « parle à travers sa bouche », « agit au travers de ses actes »…
Ceci rejoint le sens profond de la Prière ainsi que l’a si bien décrit Ibn Arabi, dont le propos dit en substance : « Que peut refuser Celui qui accorde à celui qui demande si Celui qui accorde est le même que Celui qui demande ? ».
Ce que l’Homme contient d’homme est résolu, réintégré.
Ce que l’homme contient d’Homme est déchargé, libre !
Miracle de l’Effacement.
Récompense de l’Anéantissement par la mort de l’ego.
Mercure
| Novembre 2009 | ||||||||||
| L | M | M | J | V | S | D | ||||
| 1 | ||||||||||
| 2 | 3 | 4 | 5 | 6 | 7 | 8 | ||||
| 9 | 10 | 11 | 12 | 13 | 14 | 15 | ||||
| 16 | 17 | 18 | 19 | 20 | 21 | 22 | ||||
| 23 | 24 | 25 | 26 | 27 | 28 | 29 | ||||
| 30 | ||||||||||
|
||||||||||